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écriture ludique - Page 9

  • adjectifs (def)

    doux* :
     Les jambes les plus belles
     ne me sont rien
     sans qu'un pied, joliet
     finisse bien
     qui de l'arrondi, qui du galbe
     c'est le pied qui fait tout aimable :

     s'il est vivant, presque enfantin
     que la chair l'enveloppe bien
     c'est un délice
     un doux supplice
     que de remonter vers la cuisse
     ou de la garder bien en main

     osseux, il est par trop amer
     et me fait craindre un caractère
     bien trop précieux pour tolérer
     qu'on se pique d'en chatouiller
     la plante cambrée

     veineux, il me saisit d'effroi
     surtout fini par de longs doigts
     j'y vois les serres de la mort
     même à l'extrémité d'un corps
     propice à de puissants émois
     je n'en veux pas

     je l'aime
     musclé sans être bombé
     replet sans être joufflu
     cambré sans être creux
     duveteux mais pas poilu
     que m'importe l'alignement
     des doigts de pied si, cependant
     ils parachèvent l'harmonie
     du pied qui me ravit

     quel plaisir de l'imaginer
     quand au dérobé, la cheville
     se révèle douce et gentille
     quelle horreur de le découvrir
     aussi négligé qu'un fakir
     alors qu'on a bien entamé
     la consommation du désir

     suis-je fat, espiègle ou mesquin ?
     (et pourquoi pas tout à la fois)
     il est vrai qu'au petit matin
     ce pied détermine mon choix
     d'aller à la boulangerie
     ou bien de déserter ce lit
    ; qui prodigue en tout sens un sentiment d’agréabilité limite puérile.
    - Sur ta laine annelée et fine / Que l'art toujours voulut raser / Ô douce barbe féminine / reçois mon vers comme un baiser [Théophile Gautier].

    énergique :
     l'heure avait le front noir et or
      à en courber l'échine
      l'automne et ses rapines
      dépouillaient nos grands frères

     les nuées se livraient encore
      à quelque horrible fête
      on y tranchait les têtes
      dans des éclats de rire

     et moi de contempler le spectacle sauvage
     comme un autre à la plage regarde ses pieds

     un capiteux parfum d'été
      engluait l'atmosphère
      il vous coulait de l'air
      jusque sous la pelure

     des incantations débridées
      mugissaient à folir
      ou priaient d'un soupir
      que l'eau mouche la terre

     et moi j'applaudissais la venue sur les Maures
     de madame La Mort et tous ses nains mauvais

     la ruée s'abattit brutale
      tapotant sur les tuiles
      changeant le sol en huile
      ruinant les capillaires

     cette chevauchée magistrale
      s'écriait : ville prise !
      arrachant aux chemises
      l'opacité mature

     et moi de savourer toujours
      de l'orgie cathartique
      les foudres énergiques
     m'inspirait de l'amour.
    ; peu regardant à la dépense pour produire du travail, s’offrir une suée ou mobiliser l’essence.
    - Sartre avait adopté un énergique slogan : science, c’est peau de balle. Morale, c’est trou de balle [Simone de Beauvoir].

    flatteur :
     C’est l’heure plate du flatteur fat
     dans son assiette comme il se doit
     en présence du joli monde
     du joli monde et sa faconde

     Il distribue les billets mous
     posant  sa main sur les genoux

     Il a pris ses grands airs de faune
     pour transférer sur son i-phone
     des mots de célèbres auteurs
     à l’appui de son trait flatteur

     Il est content de lui, c’est là
     toute l’âme du flatteur fat.
    ; d’un mot qui se veut plus haut que l’autre le moindre.
    - … Soupirs, sourires flatteurs, tout est mis en usage / Quand il s’agit d’attraper un amant. / Je n’en dirai pas davantage [La Fontaine].

    * poLèmes précédemment parus sur pavupapri

    mini-legs.jpg

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    tiniak ©2009 DUKOU ZUMIN &ditions TwalesK

  • adjectifs (ghi)

    grave :
     Grave grâce
     ta gorge hélas
     m’est encor défendue
     et menace
     de guerre lasse
     d’être à jamais perdue

     pour les heures
     de folle ardeur
     qu’on aurait attendues
     à demeure
     tout au bonheur
     de soupirs entendus

     Ta mamelle
     dont l’hydromel
     m’enchanterait la vie
     que n’est-elle
     acquise au bel
     et nouvel aujourd’hui

     Des marelles
     de Terre à Ciel
     nous auraient attendris
     ritournelles
     de rituels
     jeux d’enfants à Paris

     Si naguère
     à cœur ouvert
     tu sus te déclarer
     désespère
     ma pauvre chair
     et languis en secret

     Le tonnerre
     ni les enfers
     ne savent consumer
     les rivières
     de pleurs amers
     où je suis abîmé.
    ; acuité de ce qui agit en profondeur.
    - ...au pied du mur / un homme mangeait sa soupe / que les fèves rendaient mauve / il était grave et seul au monde. [Jean Follain].

    hardi* :
     ne délie pas tes longs cheveux
     noués en tresses
     je les rassemblerai par jeu
     comme une laisse
     par quoi je conduirai le feu
     d’entre tes fesses
     à hue, à dia et, plaise à Dieu
     foin de caresses !

     hardi, ma femelle sœurette !
     il nous faut chevaucher la nuit
     en branle mettons la charrette
     avant que des bœufs de l’ennui
     le lourd train-train ne nous arrête
      
     ne roule pas sur ton mollet
     ce bas résille
     à sa frontière en liseré
     ta peau frétille
     plus sûrement que dénudée
     et trop gentille
     j’y éprouverai mieux l’attrait
     qui me titille

     de nos enfants c’est moins la mère
     que la femme au tempérament
     aussi impétueux qu’incendiaire
     dont je veux être le fervent
     amant jouissant de l'éphémère

     ne t’en vas pas quitter trop tôt
     ce doux rempart
     qu’il retarde un peu mes assauts
     hausse la barre
     afin de remettre à niveau
     nos grands écarts
     et livrer bataille à nouveau
     sous l’étendard

     je sais que tu voudras mourir
     plus d’une fois avant la fin
     je sais qu’il me faut parcourir
     tous tes avens, tous tes chemins
     je sais que cela va sans dire

     ne couvre pas d’obscurité
     tes charmes pleins
     qu’ombre et lumière et leur ballet
     servent enfin
     à la hauteur de ta beauté
     entre mes mains
     livrée à l’authenticité
     du cri qui vient

     plus sûrement que le mot dit
     il est une vérité pure
     logée dans chacun de ces cris
     que nous arrache la morsure
     du plaisir et son appétit

     ne remets pas sur ton épaule
     cette lanière
     et laisse donc rouler le khôl
     sur ta paupière
     que mes deux mains, à tour de rôle
     à leur affaire
     fébrilement lisses te frôlent
     paume et revers

     quel délice de gourmander
     après de vigoureux efforts
     les reliquats de ce banquet
     déclinant nos petites morts
     en friandises parfumées

     on ne peut désirer sa sœur
     on ne peut dévorer sa mère
     aucun mensonge n’est au cœur
     d’aucune passion singulière

     et cependant, la transgression
     anime un savoureux mystère

    ; caractère obstiné de celui qui répète "je l'aurai !" (le hardi).
    - De ces doigts tremblants et hardis / Il prend le sombre paradis / Qui donne l'enfer à nos âmes [Jean-Baptiste de Grécourt].


    intime :
     intime infirme le sentiment
     intime infime à tous les sens
     le vertige munificent
     dont le désir exprime l’évidence :
     je suis ce que je veux
     de là je fais et pense.
    ; qualité de ce qui ne s’avoue que du bout des doigts ou des lèvres.
    - L'aube luit, faible éclat, veilleuse molle, intime [Anna de Noailles].

    * poLèmes précédemment parus sur pavupapri

    jouer-a-la-marelle.jpg

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  • adjectifs (jkl)

    joyeux :
    sourire
    bougie que l’on mouche bien vite
    attarde-toi encore un peu
    sur ce visage généreux
    que j’aille y goûter d’un baiser
    l’instant joyeux qui s’est posé
    sur ses lèvres
    et que cette joie brève
    semble l’éternité
    ; caractère soyeux des bonheurs fugaces.
    - Ne dites pas : la vie est un joyeux festin ; / Ou c’est d’un esprit sot ou c’est d’une âme basse [Jean Moréas].

    kilométrique :
    crottes de biques
    kilométriques
    tes petits pas semés
    loin des anciens pavés
    courent dans la garrigue

    mon atavique
    rire cynique
    en avait relevé
    l'arnachique tracé
    qu'on dirait une gigue

    mais la distance
    où tu t'élances
    n'est pas si dure à voir
    quand je nourris l'espoir
    de te choper, la belle

    car de la danse
    des transumances
    je connais les couloirs
    et j'entends dans le soir
    tout ton troupeau qui bêle

    et je te flaire
    jolie bergère
    jusque sous ton jupon
    où ton connet mignon
    exhale sa cyprine

    au loin tes frères
    là-bas derrière
    dansent le rigodon
    et courent la Ninon
    en t'oubliant, Fantine

    la nuit est prête
    voici, pauvrette
    dans son ravissement
    déjà que je te prends
    au sommet de la combe

    ah, quelle fête
    crie à tue-tête
    personne ne l'entend
    tout ce déchirement
    où je jouis et tu tombes
    ; sur quoi il n'y a pas lieu de s'étendre plus avant, si l'on s'en réfère aux lois de la relativité.
    - La rouille ronge en leurs spleens kilométriques / les fils télégraphiques des grandes routes où nul ne passe [Jules Laforgue].

    livide :
    Stupéfaite, livide, abandonnée
    à sa fange putride ta société
    n’aura plus l’heur de m’engloutir
    dans son bourbier de vains plaisirs
    au vrai, j’en suis gavé

    Vénus Camarde, la triste parade
    de tous les piètres camarades
    qui viennent te baiser les pieds
    en chantant et les yeux fermés
    au vrai, j’en suis malade

    Garde tes fêtes pour les Sans-Tête
    Garde tes jeux pour les idiots
    J’ai été bien fol et bien sot
    mais j’ai remonté la braguette

    Je ne briguerai plus ta nuit
    Je ne goûterai plus ton sein
    Et je ne connais de mot fin
    qui soutienne un bel aujourd’hui

    Ma mort, je te conchie !
    ; pâleur qui vient au teint matinal dans un lit désert.
    - Le vélin écrit rit et grimace, livide [Alfred Jarry].

    * poLèmes précédemment parus sur pavupapri

    smile.jpg
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  • adjectifs (mno)

    moral* :
     Tôt ou tard un bout de trottoir
     d'une rue ou d'un boulevard
     arpenté les yeux hagards
     le moral dans le brouillard
     aura des airs de quai de gare
     pour aucun au revoir (chanson – extrait)
    ; exaltant quand il est bon, contraignante quand elle est bonne.
    - Il y a une proportion d’arithmétique morale, écrite, avant qu’elle le fût par un philosophe sur du papier, dans la poitrine de tous les hommes, comme un encouragement du démon [Barbey d’Aurevilly].

    nouveau :
     Ai-je de la danse nouvelle
     dit les beautés vives, plaisantes
     qu’elle ravive et réinvente
     à chaque pas nu sous le ciel ?

     Ai-je des rives océanes
     chanté les vagues mélodies
     soufflées à l’onde par les ris
     pour éveiller les cœurs profanes ?

     Ai-je du continent de Mû
     évoqué même l’existence
     où résonnent en résilience
     du rêve toutes les vertus ?

     Ai-je des bras de ma sirène
     décrit le savoureux séjour
     qui s’offre sans aucun détour
     à qui sait confier sa peine ?

     Si je ne l’ai fait, je crois bien
     que c’est un emploi que je tiens
    ; qui se définit périodiquement contre l’ancien avant d’en rejoindre le cénacle.
    - Le vin nouveau n'est pas plus vrai, le lin nouveau n'est pas plus frais... [Saint-John Perse].

    ouvert :
     des corps appert l’accord prospère
     le regard inférieur
     brasse des bruits de la passion
     juteuse la fraîcheur

     décor ouvert l’accordance erre
     et minore l’espoir
     après la danse au vif allant
     de jamais se revoir
    ; aux quatre vents, c’est le rhume, au seuil, c’est l’huis, à cœur, c’est le fruit charnel et son jus.
    - Les diamants, sans les belles, / Ne sont plus que des cailloux; // Et, dans les charmilles vertes, / Les roses dorment debout, / Et sont des bouches ouvertes / Pour ne rien dire du tout [Victor Hugo].

    * poLèmes précédemment parus sur pavupapri

    Hopper.jpg
    Edward HOPPER, Night-Owls.

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  • adjectifs (pqr)

    plantureux :
     J'aime mieux, c'est vrai
     la fesse un peu lourde
     des filles moins gourdes
     qu'il n'y paraît

     J'aime mieux, c'est vrai
     le sein bien rempli
     d'un giron poli
     quoique décolleté

     J'aime mieux, c'est sûr
     la cuisse bien faite
     aux courbes replètes
     sur son ossature

     J'aime mieux encore
     un pied enfantin
     que tous ces doigts fins
     longs comme la mort

     J'aime ressentir
     le discret désir
     logé dans des formes plantureuses

     J'aime autant le dire
     je n'ai de plaisir
     qu'auprès des natures généreuses
    ; se dit abondamment d’une belle plante à la grâce fertile.
    -… la Terre conserve et transforme, ébauche et parfait : son ventre plantureux s’acharne [Jacques Gélis].

    quotidien* :
     Sur un chemin de ronde
     médiéval
     deux vigies devisant
     du monde et sa faconde vénale
     se gaussant
     s'en vont leur tour de garde
     tout du long, ce faisant

     L'un a le pas latin
     L'autre, le pied marin
     tous deux vont lentement

     L'un a bien galéré
     sur toute mer connue
     par le bel océan

     L'autre n'est guère allé
     plus loin que ci-devant
     la colline allongée
     ligne d'horizon nu
     où la forêt d'antan
     n'est plus

     dis-moi encore,
     les belles, les belles
     dis-moi comment sont-elles
     au jour venant ?

     dis-moi de la plus belle
     gardes-tu le tourment
     quand passe l'hirondelle ?

     dit l'un
     
     mais l'autre n'en dit rien
     et, les yeux dans les mains
     soupire dans le vent
     ce souffle fraîchissant
     arrivé du lointain

     dis, c'est par où la mer ?
     continue le premier,
     on dit qu'elle a gelé
     on dit que le tonnerre y fait des ricochets
     que la queue des baleines
     s'y dresse en cathédrales
     abritant des sirènes
     tristes et pâles

     mais l'autre n'en dit rien
     le menton sur le poing
     avance, mine de rien
     
     et ça sent la choucroute
     aux abords des tavernes
     où des éclats de rire
     ponctuent la baliverne

     ça ronfle un peu plus loin
     dans la maison bourgeoise
     dont Matthieu a refait, hier
     l'ardoise

     et ça roucoule encore
     dans les bosquets du parc
     où la cuisse a trouvé
     pour qui bander son arc

     de ce temps, le bavard n'a cessé d'évoquer
     de rêves en légendes, le conte et les histoires
     de la tendre chimère et du sombre avatar

     ce qui flotte à l'entour de la rondeur des jours

     mais la boucle est bouclée, bientôt
     deux vigies s'accommodent

     dans la nuit qui s'érode
     le silence à nouveau
     leur offre un bon créneau
     
     leur chemin circulaire
     quotidien, débonnaire
     tout un poème!
     la voie de la simplicité même
    ; le journal intime des lois ordinaires et des ennuis souverains.
    - Il règne ici (…) Une grande faille quotidienne / Tout au bout d'une voix qui chante soprano / « malgré tout » [Gérald Neveu].

    raffiné :
     Plutôt bien mis, bien fait de sa personne
     demandez-lui, en tout point il raisonne
     dispute, sait y faire
     il a le nez pour toutes les affaires
     supérieures, sublimes
     n’est pas avare de maximes
     il court le monde et le plus beau
     un sophistiqué, en un mot

     mais s’agissant de son caca
     il faut bien y mettre les doigts
     où le bas blesse
     car du plus raffiné des hommes
     la crotte vient toujours, en somme
     par la fesse
    ; en gros, le gars qui la joue fine.
    - Va, va, ne te fais pas une âme raffinée, / Contente-toi d'aimer les premiers réverbères [Marcel Thiry].

    * poLèmes précédemment parus sur pavupapri

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